Souverain (adjectif)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Adjectif 

Qui est suprême, excellent, qui est au plus haut point en son genre. "Le bien. Vertu e. Bonté e. Souverain bonheur." On l'emploie quelquefois en mauvaise part. "J'ai pour lui un mépris."
"Remède ," Remède d'une efficacité sûre.
SOUVERAIN se dit particulièrement de l'Autorité suprême et de ceux qui en sont revêtus. "Puissance, autorité, dignité e. Chez les Romains, le dictateur avait un pouvoir . Un prince . Souverain seigneur. Souveraine maîtresse."
"Cour e," Tribunal qui juge sans appel. "Jugement ," Jugement en dernier ressort.
"Droits s," Droits de eté. Voyez SOUVERAINETÉ.
SOUVERAIN, AINE, s'emploie aussi substantivement et désigne Celui, celle qui possède, en qui réside l'autorité e. "Il faut obéir au . Dans les démocraties, le peuple est le ."
Il se dit particulièrement des Princes s, des monarques. "Grand . Puissant . Tous les s de l'Europe. Les ordres qu'il a reçus de sa e."
SOUVERAIN est aussi le Nom d'une monnaie d'or d'Angleterre qui vaut une livre sterling.



Dictionnaire d'Emile Littré

Adjectif 



 1   Très excellent en son genre, qui est au plus haut degré en son genre.
CORN.: « Ne me refusez pas ce bonheur »
SÉV.: « Les belles soirées et le clair de lune me donnaient un plaisir »
BOSSUET: « Qu'y restait-il [dans une âme incrédule], chrétiens, si ce n'est ce que dit saint Augustin ? il restait la e misère et la e miséricorde »
SÉV.: « Pendant que sa valeur [de Constantin] maintenait l'empire dans une e tranquillité »
BOURDAL.: « N'est-il pas étrange que, ce règne de Dieu devant être notre bien, nous en redoutions les approches comme notre mal ? »
FONTEN.: « Le roi lui parlait plus sur le siége qu'à M. de Vauban même, qui était trop occupé ; et cet avantage, qui fait la e félicité des courtisans, flatte toujours beaucoup les gens les plus raisonnables »
VERTOT: « Cicéron leur était redoutable par cette e éloquence qui le faisait dominer dans toutes les assemblées »
A. CHÉN.: « Ce langage sonore [le grec] aux douceurs es, Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines »
    En mauvaise part. Un mépris, un mépris très grand.
BOURDAL.: « Puisque cet enfer que je crains est le malheur, je ne le craindrais pas autant que je dois, si ce n'était pas une crainte e »

 2   Il se dit de l'autorité suprême et de ceux qui en sont revêtus. Dignité e. Souverain seigneur. Souveraine maîtresse.
BOSSUET: « Il sait que, si la prudence du magistrat est obligée quelquefois, dans les cas extraordinaires, de suppléer à la prévoyance des lois, c'est toujours en prenant leur esprit »
RAC.: « Triomphant et chargé des titres s Qu'ajoute encore aux rois l'amitié des Romains »
RAC.: « Ma fille ignore encor mes ordres s »
RAC.: « ... Ô mon roi, Me voici donc tremblante et seule devant toi »
RAC.: « Il [Jéhu] me laisse en ces lieux e maîtresse »
    Prince , prince qui, maître d'un territoire et chef d'un peuple, ne relève d'aucun autre prince.
    Cour e, tribunal qui juge sans appel.
    Jugement , jugement sans appel.
    Juger au , s'est dit pour juger sans appel.

 3   Qui a en soi les signes, les caractères de la eté.
TH. GAUTIER: « Et l'on eût dit à voir ce masque [le visage de Corneille] Une médaille antique à frapper en airain »

 4   Il se dit de Dieu et de son autorité suprême.
BOSSUET: « La reine se soumit plus que jamais à cette main e qui tient du plus haut des cieux les rênes de tous les empires »
BOSSUET: « Soit qu'il [Dieu] élève les trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il communique sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même et ne leur laisse que leur propre faiblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière e et digne de lui »
BOSSUET: « Que s'il est une justice e et par conséquent inévitable, qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature ? »

 5   Il se dit de l'empire que l'on a sur ses passions, sur son âme, sur le coeur d'un autre.
CORN.: « Et sur mes passions ma raison e »
SÉV.: « Croyez que, de tous ces coeurs où vous régnez si bien, il n'y en a point où vous soyez plus e que dans le mien »
BOILEAU: « En vain certains rêveurs vous l'habillent en reine [la raison], Veulent sur tous nos sens la rendre e »
RAC.: « Elle [Agrippine] a repris sur vous son empire »
RAC.: « Du coeur d'Assuérus e maîtresse »

 6   D'une efficacité sûre, infaillible.
BALZ.: « L'affection des honnêtes gens m'est un remède contre les maux de cette nature »
CORN.: « Ce beau nom d'héritière 'a de telles douceurs, Qu'il devient à consoler des soeurs [qui ont perdu un frère] »
SÉV.: « Il [le baume tranquille] est à ces sortes de maux »

 7   S. m. Celui en qui réside l'autorité suprême, prince, magistrat, ou peuple. Dans les démocraties, le peuple est le . Il faut obéir aux lois du .
CORN.: « Ces petits s [les consuls] qu'il [le peuple] fait pour une année »
PASC.: « J'ai une vénération toute particulière pour ceux qui sont élevés au suprême degré, ou de puissance, ou de connaissances ; les derniers peuvent, si je ne me trompe, aussi bien que les premiers, passer pour des s »
BOSSUET: « Sylla se rendit sous le nom de dictateur »
DIDER.: « Celui-là est qui jouit d'une puissance et d'une liberté telles, qu'il en est autorisé à intervenir aux affaires des nations par ses armes, et à assister dans leurs traités »
    Dans le langage politique, l'être abstrait en qui réside le pouvoir .
J. J. ROUSS.: « Le , qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même »
J. J. ROUSS.: « La volonté de tous est l'ordre, la règle suprême ; et cette règle générale et personnifiée est ce que j'appelle le »

 8   Particulièrement, monarque, prince .
CORN.: « Les Parthes, les Persans veulent des s »
PELLISSON: « Des personnes assez éclairées ne doutent pas que, si le prince d'Orange voulait, osait ou pouvait entreprendre de se faire de la Hollande, le roi [Louis XIV] ne concourût à ce dessein avec lui »
SÉV.: « Je reviens de Versailles.... ce qui plaît ement, c'est de vivre quatre heures entières avec le , être dans ses plaisirs et lui dans les nôtres »
BOSSUET: « La princesse Bénédicte épousa Frédéric, duc de Brunswick et Hanovre, puissant, qui avait joint le savoir avec la valeur »
LA BRUY.: « Le caractère des Français demande du sérieux dans le »
VOLT.: « J'ai fait des s et n'ai point voulu l'être »
BARTHÉL.: « Il [Alexandre] voudrait être l'unique de l'univers, et le seul dépositaire des connaissances humaines »
P. LEBRUN: « L'aspect du porte grâce au coupable »
    Petit , prince qui a une domination peu étendue, et même subordonnée à un autre.
    Souveraine se dit d'une femme dans le même sens que . Les ordres qu'il a reçus de sa e.
BOSSUET: « Une grande reine, e de trois royaumes »

 9   Fig. Il se dit de l'autorité exercée soit sur les objets inanimés, soit sur le coeur.
CORN.: « Tant qu'ils [les hommes] ne sont qu'amants, nous sommes es »
RAC.: « Sultane et, ce qu'en vain j'ai cru trouver en toi, Souveraine d'un coeur qui n'eût aimé que moi »
RAC.: « Élie aux éléments parlant en »

 10   Nom d'une monnaie d'or d'Angleterre, équivalant à 25 fr. 25 centimes ; en anglais sovereign.
    Demi-souverain, monnaie d'or d'Angleterre, qui vaut 10 schellings ou 12 fr. 60 c.

REMARQUE
    Voltaire blâme sur employé par Corneille dans Cinna [Il nous fait s sur leurs grandeurs suprêmes, III, 4], mettant en place de, qui est en effet plus usité. Mais cette locution, en soi, n'a rien de vicieux.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
     Machab. I, 6: E li rois Antiochus aloit par les es [supérieures] contrées
     Adam, Mystère, p. 23: À ton bel cors, à ta figure Bien convendroit tel aventure, Que tu fusses dame del mont [monde], Del et del parfont
     Rois, p. 247: Dedenz el costé del sud fud l'entrée ; après terre a une vis [escalier] par unt l'um montad al estage meien, e d'iluc al suverain
     Sax. XXX: Aussi come en la mer est puissanz la baleine, Si est lor poestez en terre e
     Th. le mart. 128: Saint iglise est espuse al soveraing Seignur
    XIIIème siècle
G. DE CAMBRAI: « [L'homme] Entendre doit al souvrain bien ; Li souvrains biens c'est Dex lassus »
VILLEH.: « Et il virent le lonc et le lé de la vile qui de toutes autres estoit soveraine »
     Berte, L: Mais Diex qui est donneres de joie e
     ib. LIX: [Elle] Tant fist que leens n'out [il n'y eut] nul [maître] de li [d'elle]
BEAUMANOIR: « En toz les liex que li rois n'est pas nommés, noz entendons de cix qui tienent en baronnie ; car cascuns barons est souvrains en se [sa] baronnie »
BEAUMANOIR: « Et por ce que noz avons dit que sapience est le [la] sovraine vertus de toutes celes qui doivent estre en bailli »
    XIVème siècle
     Baud. de Seb. x, 357: Mais quant. Diex fait à prinche une tel courtoisie, Que villes et chastiaux li met par son aïe, Et le fait d'une chité garnie
DU CANGE: « Lothaire s'en retorna en la soveraine [supérieure] France, qui est le royaume d'Austrasie »
DU CANGE: « Souverein prelat, l'evesque de Chartres »
    XVème siècle
DU CANGE: « Et donna encore [Édouard III] à Philippe de Chasteaux, son maistre escuyer et son conseiller [de Jean de Hainaut] cent marcs. FROISS. I, I, 27. Et envoya dedans Tournay messire Godemar du Fay capitaine et garde de tout le pays d'environ.... »
DU CANGE: « Se combattit vaillamment, assez près du roy, monseigneur de Chargny ; si estoit toute la presse sur luy, pour ce qu'il portoit la e baniere du roy »
DU CANGE: « À l'entrée du chastel, par dedans, a une grosse tour qui est maistresse et e de la porte du chastel »
BASSEL.: « D'amour touché, Pour contempler sa beauté e, Incontinent je m'en suis approché »
     Perceforest, t. III, f° 141: Il estoit si petitement en la grace des s de la feste, qu'ilz le laisserent aller en sa tente, pour ce qu'il estoit trop bonbancier en ses faitz
     ib. t. II, f° 77: Après l'esbatement de la jeune compaignie, j'entendis que la dame ancienne alla dire à sa e : Madame, gardez que le serain ne vous griefve huimais
     ib. t. IV, f° 158: Ce jour là furent maintes nopces faictes ; mais les es furent de Lyonnel
    XVIème siècle
MONT.: « Ce prince [Alexandre] est le patron des actes hazardeux »
MONT.: « L'autorité du gouverneur doibt estre e sur lui [le jeune homme] »
MONT.: « Cette e et maistresse amitié »
MONT.: « Un remede »
RONS.: « C'est la perle de prix, c'est le souv'rain bonheur »
PASQUIER: « Voilà comme d'un mot de qui s'employoit communement à tous ceux qui tenoient les premieres dignités de la France, mais non absolument, nous l'avons avec le temps accommodé au premier de tous les premiers, je veux dire au roy »

ÉTYMOLOGIE
    Bourg. sôverain ; ital. sovrano ; du bas-lat. superanus, qui vient du lat. super, sur, au-dessus.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Adjectif 


Suprême, très-excellent, qui est au plus haut point en son genre. "L'être . Le bien. La e félicité. Un remède . Vertu e. Bonté e. Souverain bonheur." On l'emploie quelquefois en mauvaise part. "Il est ennuyeux au degré. J'ai pour lui un mépris."
Il se dit particulièrement De l'autorité suprême, et de ceux qui en sont revêtus. "Puissance, autorité, dignité e. Chez les Romains, le dictateur avait un pouvoir . Un prince . Souverain seigneur. Souveraine maîtresse."
"Cour e," Tribunal qui juge sans appel; et, "Jugement ," Jugement en dernier ressort.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi substantif masculin, et signifie, Celui qui possède, en qui réside l'autorité e. "Il faut obéir au , aux lois du . Dans les démocraties, le peuple est le ."
Il se dit particulièrement Des princes s, des monarques. "Grand . Puissant . Tous les s de l'Europe." On peut employer "Souveraine," féminin, dans le même sens. "Les ordres qu'il a reçus de sa e."
"Petit ," Prince qui a une domination peu étendue, et même subordonnée à une autre. "Les petits s d'Allemagne."



1ère ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Adjectif 


Suprême, qui est au plus haut point en son genre. "L'Être Souverain. Le bien. La e félicité. Un remède souverain. Vertu e. Bonté e. Souverain bonheur. Il est ennuyeux au degré".
Il se dit aussi en général De l'autotorité suprême, et de ceux qui en sont revêtus. "Un Prince . Chez les Romains, le Dictateur avoit un pouvoir . La dignité e".
En parlant De certains Juges qui ne jugent pas toujours en dernier ressort, on dit, qu'"Ils jugent au , " pour dire, qu'Ils jugent sans appel dans le fait en question. "Il a été jugé au par les Requêtes de l'Hôtel".
On appelle "Cours Souveraines," Celles où le Roi est réputé présent, et dont les Arrêts sont intitulés de son nom,
On appelle dans le même sens, "Conseils Souverains," Des Trinaux qui jugent en dernier ressort. "Le Conseil Souverain d'Alsace. Le Conseil Souverain du Roussillon".



2ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Souverain, est aussi substantif masculin. "Il faut obéir au Souverain, aux lois du Souverain".
Il se dit De celui à qui la eté est confiée, soit que ce soit un Prince qui se dit indépendant, et ne relevant d'aucune Puissance, "Grand souverain, puissant Souverain;" soit que ce soient des Magistrats élus par le peuple, représentant le Peuple, exerçant au nom du Peuple l'autorité publique. "Il intervint un acte duSouverain". Cela ne se dit ordinairement, qu'en parlant De certains Pays; pour les autres, on dit, "Le Gouvernement".
On dit, "Petit Souverain," d'Un Prince qui a une domination peu étendue, et même subordonnée à un autre. "Les petits Souverains d'Allemagne. Le grand Maître de Malte est Souverain. La jouissance des droits régaliens, de faire des lois, de battre monnoie, etc. constitue le Souverain".



3ème ancienne définition de 1798 (Académie Française)



En qui réside la Souveraineté. "L'universalité des Citoyens est le Souverain".



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


AINE, adj. et subst. SOUVERAINEMENT, adv. SOUVERAINETÉ, s. f. ["Sou-ve-rein", "rène", "rèneman", "rèneté": 2e "e" muet, 3e "è" moy. au 2e, 3e et 4e, dont la 4e "e" muet.] "Souverain". 1°. Suprême, três-excellent, supérieur à tout, en son genre. 'Le "souverain" bien; la "souveraine" félicité: "souverain" bonheur";" la bonté "souveraine;" remède "souverain", qui a une vertu "souveraine".
- 2°. Absolu, indépendant. 'Prince "souverain"; pouvoir "souverain". = Subst. '"Le Souverain", "la Souveraine;" notre "Souverain", sa "Souveraine". 'Le degré de bonheur des sujets est la mesure de la gloire "des Souverains". L'Abé "Du-Serre-Figon".
   "Souverain de" son coeur l'Homme fait son état,
   Et rien, sans son aveu, ne l'élève ou l'abat.
       Sidney.
  SOUVERAINEMENT; excellemment, parfaitement: 'Dieu est "souverainement" bon. 'La loi de Dieu est "souverainement" juste. = Extrêmement: 'Cet ouvrage est "souverainement mauvais". = D'une manière "souveraine" et indépendante. Comander "souverainement": juger "souverainement" et en dernier ressort.
   SOUVERAINETÉ, se dit et de l'autorité d'un Prince : 'Les droits, les prérogatives de "la eté"; et de l'étendûe du pays où un Prince comande "souvenainement:" 'Cette "souveraineté" n'a pas dix lieûes d'étendûe.




Emplacement dans le dictionnaire :

soutier
soutiré
soutirer
soutrait
souvenez-vous-de-moi
souvenir
souvenir (se)
souvent
souventefois

souverainement
souveraineté
soviet
sovietique
soyeux
soyon
spacieusement
spacieûsement
spacieux
spadassin
spadille




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...plus éclairée. Quoi ! Pour complaire à des masses ignorantes, vous irez porter un préjudice, peut-être irréparable, à l'humanité ? Jamais je ne reconnaîtrai la souveraineté de la déraison. Le seul souverain de droit divin, c'est la raison ; la majorité n'a de pouvoir qu'en tant qu'elle est censée représenter la raison. Dans l'état normal des choses, la majorité sera en effet le criterium le plus direct...


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